Bêtises, désobéissance, mensonges, ce sont là autant de comportements qui accompagnent le quotidien des enfants. Sauf que dans la majorité des cas, les parents confrontés à de tels actes de la part de leurs chérubins n’hésitent pas à les châtier.

Alors quelle éducation donner à ses enfants ? Faut-il absolument les sanctionner ? Les punitions font elles partie intégrante de l’éducation ?
Dans les faits, la sanction corporelle reste très largement usitée. Pourtant, la punition physique est décriée de façon quasi unanime par les spécialistes de la pédopsychiatrie. Certains dénoncent le poids des traditions éducatives qu’on reproduit, alors que d’autres, se battent contre l’idée d’une fessée nécessaire et bienfaitrice en mettant l’accent sur le caractère «inefficace» et «préjudiciable» d’une punition.
En effet, les observateurs et chercheurs, notamment dans les pays industrialisés, affirment que les parents ont tendance à revenir vers une autorité bien plus contraignante, faisant appel de plus en plus à la punition. Pour ces derniers, l’autorité parentale ne peut s’imposer sans le recours au châtiment.
Ainsi, la place de la punition dans l’éducation suscite plus que jamais les débats. Cependant, les parents qui sont largement mis en garde contre ce qui pourrait altérer l’épanouissement de leur enfant, hésitent aujourd’hui sur la conduite à tenir.
Il existe, en fait, un consensus selon lequel les châtiments corporels sont efficaces pour faire obéir un enfant immédiatement mais en même temps, les pédopsychiatres soulignent que les châtiments corporels, de par leur nature, peuvent évoluer vers des maltraitances physiques avec des conséquences graves sur la psychologie de l’enfant. Ainsi, les fessées et autres corrections seraient à éviter absolument car elles seraient responsables de séquelles psychologiques à long terme.
Il ne faut pas pour autant en conclure que tous les enfants qui ont connu des punitions de ce type deviendront agressifs ou délinquants. Mais il faut plutôt nuancer en fonction de nombreux facteurs, tel que la qualité de la relation parents-enfants par exemple, le type de punition, la fréquence, l’émotion associée aux châtiments corporels qui provoquent des conséquences plus ou moins fortes et négatives. Plus l’enfant est puni souvent et violemment, plus il risque de devenir agressif ou de souffrir de problèmes mentaux. «Attirons l’attention des lecteurs de façon lapidaire sur le fait que les punitions ne servent qu’à deux choses: induire, augmenter et entretenir le masochisme de la victime (l’enfant), et satisfaire le sadisme du «bourreau» (l’adulte, le parent, le maître à l’école…)», explique Dr Amine Benjelloun, pédopsychiatre.
Les psychologues ont donné une explication à cette relation entre punition et réactions négatives. Premièrement, frapper l’enfant ne va pas lui enseigner ce qui est bien ou mal. Deuxièmement, si cela le rend obéissant lorsque ses parents sont présents, l’enfant aura tendance à mal se comporter en leur absence.
Lorsque les fessées, les châtiments et les réprimandes se répètent trop souvent, l’enfant aura sans cesse peur de faire une bêtise, ce qui peut sembler à priori une bonne chose. Mais, revers de la médaille, il n’osera plus rien entreprendre. Pis, il risque de se refermer sur lui-même. La répétition de punitions corporelles peut alors avoir un retentissement sur l’enfant et sur son développement.
Par ailleurs, plusieurs études ont montré que dans la plupart du temps, la punition est utilisée lorsque l’adulte est énervé et ne parvient pas à se contrôler. Le risque de la punition physique devient plus grand lorsque la main de l’adulte se déchaîne sur son enfant. Autrement, des parents excédés, débordés sur le plan émotionnel, vont se mettre à taper pour décharger leur excitation et non pas pour punir. Là également, les répercussions peuvent être néfastes. En effet, si l’adulte donne une punition sous le coup de la colère, l’enfant ne comprend pas pourquoi on le réprimande. Il voit bien que la bêtise n’était pas à la hauteur de la sanction reçue. Cela le poussera dans certains cas à se révolter et à s’entêter.
Certains parents pensent inconsciemment que les bêtises que font leurs enfants sont dirigées contre eux. Il est préférable de prendre conscience de cet état d’esprit afin de s’en débarrasser.
En outre, un papa ou une maman doivent garder en tête qu’ils sont plutôt des exemples pour leurs enfants.
Souvent, les parents semblent oublier que les enfants prennent exemple sur leur entourage. Si l’enfant constate que l’adulte fait usage de violence lorsqu’il est en colère, alors il aura tendance à reproduire ce même comportement si l’un de ses camarades le met en colère. Il vaut mieux leur apprendre à résoudre autrement un conflit notamment par la parole et la négociation.
Bien évidemment, violence et punitions ne sont pas les seuls moyens pour asseoir l’autorité parentale. Il existe d’ailleurs d’autres façons pour l’exprimer. Il faut garder à l’esprit que l’autorité parentale doit avoir pour objectif de fixer des repères à l’enfant. C’est grâce à eux que l’enfant construira son autonomie. En effet, ceux-ci lui permettent d’apprendre comment se comporter en société, mais ils lui permettront aussi de comprendre ce qui est bon pour lui et ce qui est mauvais, ce qui est dangereux et ce qui ne l’est pas. Pour éduquer le jeune enfant à la propreté par exemple, il est préférable de lui donner des encouragements lorsqu’il fait bien, que de le réprimander ou de lui donner la fessée lorsqu’il fait mal.
En somme, les tout-petits sont incapables de respecter toutes les règles, c’est une question de développement, et il est souvent inutile de les gronder. Il convient d’avoir toujours à l’esprit qu’élever un enfant ce n’est pas le «dresser». L’éducation doit privilégier l’apprentissage de l’autonomie. Quelle que soit l’approche utilisée par les parents, tous les spécialistes sont unanimes sur l’importance de la parole, pour orienter, expliquer et apprendre à l’enfant.
Les mots n’ont pas toujours un impact direct, mais ils demeurent toujours très nécessaires.
«Tous leurs rapports avec l’enfant doivent être construit sur le respect absolu, non négociable, de la dignité. Ce qui suppose, être à l’écoute de ses besoins,
de sa pensée», conclut le Dr Benjelloun.