Cinq ans après la promulgation du nouveau code de la famille, quel bilan faites-vous de la situation de la femme marocaine ?NOUZHA SKALLI : Nous célébrons aujourd’hui la deuxième édition du 10 octobre, Journée nationale de la femme marocaine, qui commémore le discours historique de S.M. le Roi Mohammed VI pour annoncer le nouveau code de la famille fondé sur l’égalité et la coresponsabilité au sein de la famille. Cette grande réforme structurante a véritablement débloqué la situation des femmes et celles-ci sont en train de rattraper à grands pas le temps perdu en termes de réformes législatives et de stratégies pour les protéger contre la discrimination et la violence. Il s’agit, à titre d’exemple, de la réforme du code de la nationalité et de toutes les stratégies de lutte contre la violence, pour la promotion de l’égalité et de l’équité à travers la mise en œuvre de l’approche genre, de la budgétisation sensible au genre ou encore de la stratégie pour l’amélioration de l’image des femmes dans les médias. Sans parler de la promotion des femmes aux postes de responsabilités aussi bien en ce qui concerne les fonctions électives que les fonctions nominatives. Toutes ces réformes sont dues à un leadership remarquable de Sa Majesté le Roi ainsi que d’un engagement exceptionnel de la société civile et à une adhésion des forces vives du pays au projet de société moderne et démocratique. Cinq ans après la promulgation du code de la famille, on peut affirmer que la société est en train d’intégrer les valeurs et les principes portés par le nouveau code. Celui-ci est en train effectivement de contribuer à changer les mentalités. Mais nous sommes en train de finaliser une étude qui fait ressortir la perception des Marocains et des Marocaines de l’impact des différentes mesures contenues dans le code de la famille.Jamais une réforme n’a suscité autant de débats que celle du code de la famille. C’est parfaitement compréhensible car elle interpelle les gens dans leur intimité, dans leur vie quotidienne et dans leur culture enracinée depuis des générations. Aujourd’hui, le débat est en train de se dépassionner et les nouvelles valeurs sont en train de prendre place. Il faut dire que depuis l’adoption du code de la famille, plusieurs acteurs gouvernementaux, dont notre ministère, et associatifs ont mené des actions de sensibilisation et de vulgarisation de ses principes et de ses différentes avancées en termes de droits humains des femmes et des enfants.
Quels sont les efforts engagés par votre département pour vulgariser la Moudawana et sensibiliser les femmes à leurs droits et devoirs ? Le MDSFS est le mécanisme national chargé de la coordination de la politique gouvernementale dans le domaine de la famille, de la femme et de l’enfance. Mais pour des raisons historiques que tout le monde connaît, le chantier de la réforme du code de la famille avait été géré par le ministère de la Justice. Quel était l’impact de la nouvelle Moudawana sur le nombre des mariages et des divorces durant les cinq années précédentes ? 5 ans après la mise en application du code de la famille, et d’après les statistiques que le ministère de la Justice fournit régulièrement chaque année, on peut parler d’évolutions positives sur plusieurs plans. Ainsi, entre 2007 et 2008, le nombre des mariages a augmenté de 3,33%. (307.575 mariages en 2008 contre 297.660 en 2007). Le taux des divorces (nombre des divorces/nombre des mariages) a reculé en passant de 11,37% en 2004 à 9,08% en 2008. Les cas des divorces par ‘’kholê » ont nettement reculé en passant à 25% contre 42,49% en 2004. Concernant le mariage polygame, la proportion est très faible et continue à reculer puisque seul 0,27% des mariages sont polygames contre 0,38% en 2004. Cinq ans après la promulgation de la Moudawana, des défaillances persistent au niveau de son application, surtout en ce qui concerne le mariage des mineurs et l’octroi de la pension alimentaire aux femmes divorcées. Ne voyez-vous pas qu’il est nécessaire de prévoir des mécanismes de suivi pour assurer la bonne application du nouveau code ? En effet, les points forts de la mise en œuvre de la Moudawana ne nous empêchent pas de diagnostiquer des problèmes préoccupants et d’essayer d’en analyser les causes. Il s’agit notamment des cas de mariages de mineures en 2008. Est-ce qu’on dispose actuellement au Maroc de juridictions spécialisées dans les affaires des familles et de juges qualifiés à même d’assurer la bonne application de la Moudawana ? Certes, le ministère de la Justice déploie plusieurs efforts pour assurer la mise en œuvre du code de la famille, la création des sections de familles, la formation des juges, l’informatisation des tribunaux, le partenariat avec l’ONG. Tous ces chantiers vont contribuer pour que le Maroc dispose d’une justice spécialisée dans les affaires de familles. Aussi, les orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans son discours du 20 août concernant la réforme de la justice vont donner une impulsion stratégique à ce secteur pour améliorer l’application de la loi comme condition indispensable pour assurer les bases d’une société moderne, démocratique et équitable. Votre département a élaboré un projet de loi contre le harcèlement sexuel, ainsi qu’une charte nationale pour l’amélioration de l’image de la femme dans les médias. Où en est-on par rapport à ces deux projets ? Le ministère du Développement social, de la Famille et de la Solidarité n’a pas élaboré de projet de loi contre le harcèlement sexuel. Des actions en faveur de la femmeLe ministère du Développement social, de la Famille et de la Solidarité a entamé plusieurs initiatives pour rétablir les femmes marocaines dans leurs droits, et ce, conformément à l’esprit de la Moudawana. Ainsi ce département a mis en place un plan d’action de la charte nationale de l’amélioration de l’image de la femme dans les médias, lequel prévoit l’élaboration d’une stratégie médiatique nationale axée sur l’approche genre. Estimez-vous que la nouvelle Moudawana a réussi à susciter un vrai débat au sein de la société ? |
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Depuis l’entrée en vigueur du Code de la famille en 2004, le nombre des actes de mariage a augmenté de manière notable, a relevé le ministère de la Justice lors d’une récente journée d’étude organisée à Rabat.
Le ministère de la Justice a organisé, vendredi, à Rabat, au siège de l’Institut supérieur de la magistrature, une journée d’étude sous le thème «Le Code de la famille après 5 ans d’application». La conférence a été présidée par Abdelouahed Radi, ministre de la Justice. Ont pris part également à cette conférence, Nouzha Skalli, ministre du Développement social, de la Famille et de la Solidarité, Driss Dahak, secrétaire général du gouvernement et Taïeb Cherqaoui, premier président de la Cour suprême.
Le ministre da la Justice a souligné dans son allocution que «le Code de la famille constitue une réforme sociale très importante du fait que les dispositions ont des effets directs sur la famille marocaine».
Depuis l’entrée en vigueur du Code de la famille, il a été constaté que le nombre des actes de mariage enregistrés auprès des sections des affaires de la famille (tribunaux de première instance), a augmenté de manière considérable. Ce nombre est passé de 236.574 en 2004 à 307.575 en 2008. Selon le ministre de la Justice, le nombre des mariages polygames est en nette régression d’année en année. Seuls 836 cas ont été enregistrés en 2008, avec un taux de 0,27%. Le divorce a été stabilisé ces cinq dernières années. Le taux de divorce est passé de 11,37% en 2004 à 9,08% en 2008. En revanche, le nombre des cas de divorce judiciaire «Tatliq» a augmenté. Plusieurs couples ont eu recours à la procédure du «Chiqaq» (divorce judiciaire sur demande de l’un des deux époux pour raison de discorde), pour mettre un terme à leur relation conjugale. En 2008, le nombre de demandes de recours à la procédure du «Chiqaq» a atteint 49.713. «Aussi bien les hommes que les femmes ont recours à la procédure du Chiqaq», a précisé Abdelouahed Radi. Le Code de la famille a été adopté dans le but de consolider l’égalité entre l’homme et la femme et préserver les droits de l’enfant.
Pour une application saine du Code de la famille, le ministère de la Justice a institué une cellule de formation continue des ressources humaines travaillant au sein des sections des affaires de la famille. «La formation continue est un moyen pour améliorer le niveau et renforcer les compétences», a noté le ministre de la Justice.
De son côté, la ministre du Développement social, de la Famille et de la Solidarité a estimé que «le Code de la famille est un acquis majeur pour le Maroc et pour la famille marocaine».
Le Code de la famille est l’aboutissement d’un débat qui a mobilisé l’opinion publique marocaine pendant longtemps et constitue, sans aucun doute, un progrès indéniable au niveau national. Il marque une avancée et une étape importantes dans la consécration progressive du droit à l’égalité du genre. Devant le Parlement, S.M. le Roi Mohammed VI en a livré le contenu, le 10 octobre 2003, à travers un argumentaire conciliant entre la réalité sociale, les finalités de la Charia et la philosophie des droits humains fondamentaux. Le Code de la famille avait été adopté à l’unanimité par les deux chambres du
Parlement le 5 février 2004.
A travers ce nouveau code , le Royaume du Maroc a bien exprimé sa détermination à concilier sa volonté de se moderniser et son indéfectible attachement aux préceptes de l’Islam et à la tradition. Il s’agit d’une œuvre dont la contribution à la modernisation de notre société est considérable. L’intérêt suscité à l’étranger par le Code de la famille s’est manifesté, entre autres, à travers l’affluence des demandes, formulées auprès du ministère de la Justice, par diverses instances souhaitant obtenir la traduction de ce Code, en particulier dans les langues de divers pays d’accueil de la communauté marocaine résidant à l’étranger.
La directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), Mme Thoraya Ahmed Obaid, a mis en exergue mercredi à Rabat, les étapes importantes franchies par le Maroc sur la voie de la consécration des droits des femmes.
S’exprimant lors d’une rencontre avec des membres du Forum des femmes parlementaires marocaines,
Mme Obaid a souligné que le Maroc est aujourd’hui un exemple à suivre, à la fois pour le monde arabe et l’Afrique en matière de promotion des droits des femmes.
Elle s’est félicitée à cette occasion des acquis réalisés par la femme marocaine à la faveur de la Haute sollicitude dont SM le Roi Mohammed VI entoure la femme, à travers notamment l’adoption du Code de la Famille, la modification du Code de la nationalité, l’instauration d’un quota pour les femmes au Parlement et la lutte contre les phénomènes sociaux discriminatoires à l’égard de la femme, notant que « ces avancées, réalisées au Maroc, sont encore loin d’être acquises dans d’autres pays arabes ».
Tous ces acquis, a-t-elle soutenu, ont encouragé la femme marocaine à contribuer efficacement au processus démocratique et de développement engagé au Maroc, mettant l’accent sur l’importance des partenariats et de la coopération avec des réseaux de parlementaires à l’étranger pour renforcer les échanges et l’expertise.
Mme Obaid a, dans ce sens, émis le vœu de voir se développer davantage des relations de coopération entre le forum des femmes marocaines parlementaires et le Fonds des Nations Unies.
De son côté, Mme Zhor Chekkafi, présidente du Forum des femmes parlementaires marocaines, a souligné l’importance de la tenue de cette rencontre en ce sens qu’elle permettra de baliser la voie pour l’établissement de liens solides de coopération entre le Forum et le Fonds des Nations-Unies dans l’objectif de contribuer à la réalisation des objectifs de développement globale et durable.
Mme Chekkafi a souligné, par ailleurs, que le Forum œuvre pour la mise en place des conventions de partenariat et de coopération avec les organisations nationales et internationales concernées par les questions de la femme, exprimant la détermination des parlementaires marocaines à oeuvrer dans le cadre d’une approche globale pour la promotion de la femme marocaine.
Mme Obaid est arrivée samedi au Maroc pour participer aux travaux du 26ème Congrès International de la Population tenu à Marrakech.