Le Maroc renforce sa campagne contre la mendicité

Un projet du gouvernement marocain visant à combattre la mendicité sera renforcé, selon le Ministre du Développement Social, Nouzha Skelli.

Le Maroc renforce sa campagne contre la mendicité

Alors qu’il ne reste que trois jours de Ramadan, le Maroc a lancé une nouvelle campagne de lutte contre la mendicité. Nouzha Skelli, Ministre du Développement Social, de la Famille et de la Solidarité, a mis en garde les citoyens de ne pas tomber dans le piège des mendiants professionnels qui exploitent la pitié des personnes bienveillantes.

Le ministre a demandé aux Marocains de réserver leurs offrandes et leurs dons aux personnes qu’ils connaissent, que ce soit par relation, par voisinage ou par le biais d’associations et d’organisations caritatives ayant pignon sur rue.

Une étude du Ministère du Développement Social publiée vendredi 26 septembre estime qu’il y a environ 196 000 mendiants au Maroc, dont 49 pour cent de femmes. Cette étude, dévoilée au centre social Tit Mellil de Casablanca, montre également que 62,4 pour cent de ces mendiants sont des professionnels, disposant de comptes bancaires et de biens immobiliers achetés avec l’argent reçu de la mendicité.

Le ministre a indiqué que le gouvernement avait adopté une approche fondée sur les droits pour combattre ce phénomène de la mendicité professionnelle, qu’il a qualifié de violation des droits de l’Homme et de l’intégrité, en particulier des enfants et des personnes handicapées, qui sont souvent utilisés dans des conditions très dures. Les mendiants professionnels maltraitent souvent les enfants des rues dans le but d’attirer l’attention et de soliciter la charité.

Dans sa lutte contre la mendicité, la stratégie du gouvernement consiste à approcher les mendiants par le déploiement sur le terrain d’équipes de travailleurs sociaux, de parler des raisons pour lesquelles les gens commencent à mendier et de proposer des solutions.

Il y a dix-huit mois, le gouvernement avait lancé une campagne à Casablanca en élargissant le centre social Tit Mellil et en le chargeant d’éradiquer la pauvreté. Des équipes d’assistants sociaux patrouillent dans les rues de la ville, regroupant les mendiants et les enregistrant au centre.

« La première chose que nous faisons consiste à classer les nouveaux arrivants, pour établir une distinction claire entre problèmes sociaux réels et mendicité professionnelle », explique Abdel Kreem Al Sabbar, directeur général du centre social Tit Mellil. « Les cas sociaux sont ensuite transmis au service d’aide sociale, qui met en place des solutions appropriées. Les fraudeurs et les faux mendiants sont quant à eux remis aux autorités. »

M. Al Sabbar indique que le centre a ainsi traité plus de cinq mille cas depuis son ouverture, il y a dix-huit mois.

« La première chose que nous vérifions », explique-t-il, « est si un mendiant a une famille qui puisse l’aider. »

Le centre les réintègre alors dans leurs familles, avec le soutien et l’assistance du service d’aide sociale.

« Lorsqu’une réintégration familiale n’est pas possible », continue le directeur, « nous travaillons avec d’autres associations pour envisager une intégration sociale par le biais de la réinsertion et de la formation professionnelle. »

Les patients médicaux, les handicapés et les personnes âgées sans familles sont logés dans le centre.

M. Al Sabbar parle également de la richesse accumulée par certains mendiants professionnels.

« Nous avons été choqués de voir des cas où les mendiants possédaient une maison et des comptes bancaires bien garnis, et continuaient néanmoins de mendier. »

Il explique que certains mendiants orientés vers le centre au cours des dix-huit derniers mois possédaient près de 2,1 millions de dirhams, dont 1,54 million en espèces, le reste étant placé sur des comptes ou sous forme de bijoux.

Pour sa part, Abdel Kreem Bou Azza, le directeur du développement social au ministère, explique que la législation marocaine actuelle ne permet pas la confiscation des sommes acquises par le biais de la mendicité illégale. Toutefois, explique-t-il, le gouvernement travaille à un projet de loi visant à autoriser la saisie de ces sommes et à les affecter à un fonds d’éradication de la pauvreté.

M. Bou Azza explique que le gouvernement a commencé à élargir le centre Tit Mellil de Casablanca et à ouvrir des institutions similaires dans d’autres villes, notamment Rabat et Fez.

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