Avortement : Et si on légalisait cette pratique très courante ?

vortement clandestinStrictement interdite par la loi et bannie par la religion, la pratique de l’avortement clandestin demeure néanmoins une pratique courante au Maroc.

Ceux qui se sont intéressés au sujet avancent des chiffres qui interpellent, car pas moins de 400, voire 500 interruptions volontaires de grossesses (IVG) sont quotidiennement réalisées chez nous. Ces chiffres restent bien entendu à vérifier, car plusieurs gynécologues, paramédicaux et autres le pratiquent mais en cachette et loin des regards «distraits» des autorités.

Les services de police tombent rarement sur des cas d’avortements illégaux et ce, pour la simple raison que les concernées et leurs familles font tout pour l’étouffer de crainte du déshonneur. Les quelques affaires traitées par la police judiciaire n’ont été rendues possibles qu’après l’hospitalisation, en état critique, de ces femmes.

L’avortement à risques : un problème de santé publique

Au Maroc, l’avortement à risque est un réel problème de santé publique, un drame humain qui ne peut laisser personne indifférente. C’est aussi un phénomène social très complexe. Sa prévalence en termes de cas et de complications inhérentes a cette pratique est telle qu’aucune femme ne sort indemne à la suite d’un avortement.
Combien de fois de ma carrière de professionnel de santé ai-je assisté, au décès de jeunes filles à la fleur de l’âge, admises au service des urgences dans un état de choc avec de fortes hémorragies, après une tentative d’avortement non réussie, avortement réalisé le plus souvent dans des conditions d’hygiène désastreuse, avec des moyens matériels dangereux. Les séquelles de l’avortement clandestin sont lourdes tant sur le plan psychologique que sur le plan physique. Par ailleurs, il faut savoir qu’un avortement mal pratiqué est la cause directe de la stérilité de la femme.

En finir avec la stigmatisation

Outre les conséquences physiques qui resteront marquées a jamais, il y a les conséquences psychologiques, économiques et sociales qui prennent aujourd’hui une ampleur jamais égalée. C’est tout simplement inquiétant certes nous devons regarder la réalité en face, reconnaître que nous n’allons pas changer tout grâce a une baguette magique, il n’est pas facile dans un pays comme le notre, une société au sein de laquelle parler de l’avortement est un sujet tabou, car il personnifie l’opprobre et le déshonneur, une pratique illégale et surtout immorale «Haram». Bref autant de qualificatifs qui ne font que stigmatiser davantage le phénomène.
Mais, nous n’allons pas rester les bras croisés, nous rendre complices de faits accomplis, devenir coupables de non assistance a personne en danger sous prétexte de tabou, de moralité, de considérations parfois en déphasages totales avec les drames qui sont vécus au quotidien par des centaines de jeunes femmes que la société rejette, des être humains comme vous et moi qui n’ont commis aucun péché sauf celui d’avoir vu le jour dans la misère, d’être victime de viol, ou d’inceste.
A-t-on pour autant le droit de juger ces jeunes femmes, de décider en leur nom de ce qui est halal de ce qui est haram, comme se plaisent à le faire certaines personnes qui vont vite en besogne et qui décident tout à votre place.

Une situation complexe

Il faut savoir que l’on ne dénonce pas l’avortement mais on le découvre, ce qui contribue au développement d’une situation complexe et conflictuelle.
D’un côté, des règles et des valeurs qui interdisent cette pratique et de l’autre, une réalité sociale et informelle qui rend l’accès facile à des services d’avortement clandestins qui échappent a tout contrôle, a tout suivi, on comprend dès lors pourquoi les chiffres concernant les avortement resteront toujours biaisés et que les statistiques sur ces pratiques ne pourront jamais refléter la réalité qui est vécue sur le terrain.

Un débat serein

Compte tenu de l’acuité du problème socio sanitaire que constitue les avortements a risques et ses multiples répercussions sur les femmes, les familles, l’économie, la société et sur le système de santé, il est urgent de déclencher un débat national sur la question.
Aujourd’hui la situation est assez préoccupante, il nous faut regarder la réalité en face, il y en assez de cette hypocrisie maladive qui envenime encore plus la situation Il faut regarder la réalité en face.
Nous devons faire preuve de sagesse, de pondération, regarder la réalité bien face, ne pas céder aux voix des démons, nous devons considérer cette problématique sous tous ces angles : humain, social, culturel, économique…
Notre société tout entière est mise devant un fait accompli, pour lequel nous devrons tous ensemble trouver une solution. Il y a des conséquences psychologiques, économiques et sociales à prendre en considération.

par Abdelaziz Ouardighi

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